Actualités, Portrait

Deux jeunes bien dans leur peau

Publié le 09 mars 2026

Mucyo et Dries sont les ambassadeurs de la Semaine de la Ligue Braille 2026. Tous deux très malvoyants, ils ont des projets plein la tête. Leur message engagé est positif et inspirant.

Prématuré, Mucyo a été placé en couveuse. Un trop grand apport en oxygène a causé un décollement de la rétine. Aujourd’hui, à 23 ans, la rétine de son œil droit est complètement décollée, l’œil gauche est stabilisé. Sa vision fluctue de jour en jour et peut évoluer vers la cécité.

Malvoyant de naissance, Dries, 29 ans, voit à moins d’un mètre ce qu’une personne voyante voit à 10 mètres. L’origine de sa pathologie visuelle est une mutation génétique extrêmement rare puisqu’on recense 3 cas dans le monde. Même s’il sait que sa vision peut évoluer vers la cécité, Dries ne se lève pas le matin avec cette éventualité en tête. Il préfère se concentrer sur ce qu’il peut faire.

À quel âge avez-vous fait appel à un service d’accompagnement spécialisé ?

Mucyo : Habitant Liège, j’ai été scolarisé à l’IRHOV (Institut Royal pour les Handicapés de l’Ouïe et de la Vue).  Là, une enseignante m’a suggéré de me faire accompagner par la Ligue Braille. Sans vraiment en éprouver le besoin ni en évaluer l’utilité, j’ai eu un premier contact avec un assistant social qui a introduit une demande auprès de l’AVIQ pour bénéficier d’interventions financières dans l’achat de matériel adapté. J’ai ensuite suivi des cours d’orientation et de mobilité avec Joaquim et Florine. Au début, j’avais beaucoup de mal à accepter la canne blanche. Gamin, j’ai participé à des stages pour enfants comme celui à la ferme. C’est là que je suis monté pour la première fois sur un poney ! J’ai aussi emprunté des livres en braille à la bibliothèque même si aujourd’hui, je consomme davantage de livres audio. Quand je me suis installé seul, l’accompagnatrice est venue poser des repères tactiles sur l’électroménager e. a. Plus récemment, j’ai suivi une formation professionnelle d’agent d’accueil et administratif, présenté – et réussi – l’examen de validation de compétences. Aujourd’hui, Natacha, jobcoach, m’accompagne dans ma recherche d’emploi. J’ai réussi les premières épreuves de sélection au Parlement de la Communauté française et ai présenté l’entretien oral il y a quelques semaines. J’ai réussi et intégré la réserve de recrutement. Je compte aussi explorer d’autres pistes comme le mannequinat.

Dries : Enfant, je portais des lunettes. Mais, à 14 ans, ma vision s’est gravement détériorée. On m’a alors encouragé à apprendre le braille, à utiliser une canne blanche ainsi que des aides techniques. C’était beaucoup en une fois. À l’époque je n’en comprenais pas l’utilité. Ce n’est qu’à 21 ans que je me suis résigné à utiliser la canne. Ce n’est pas facile à accepter. Heureusement, je suis d’un naturel positif. Aujourd’hui, je suis accompagné par Cien, jobcoach, dans ma recherche d’emploi. Accéder au marché de l’emploi n’est pas du tout évident : le lieu, la fonction doivent être accessibles. Plus que n’importe quel demandeur d’emploi, il faut toujours prouver ses capacités. Diplômé en histoire et management culturel, je cherche un emploi où je pourrais combiner compétences et passion. J’ai vite compris que je n’embrasserai pas la carrière d’enseignant car pendant les stages, j’ai constaté qu’il est difficile de tenir une classe quand on est malvoyant. Les élèves sont toujours occupés à vous tester.

Mucyo, tout sourire et en costume, pose devant les drapeaux de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Belgique et de l’Europe.
L'an dernier, Mucyo a effectué un stage au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Et dans vos loisirs, quelles sont vos passions ?

Mucyo : Tous les matins, je fais 50 pompes au lever, avant de prendre le train vers Bruxelles pour continuer ma formation. Je pratique le vovinam, art martial vietnamien. Je suis ceinture bleue avec 2 barrettes. En 2023, j’ai embarqué ma sœur pour aller voir le championnat du monde au Vietnam (rires). 

Je sors aussi avec des amis. Mon quotidien ressemble beaucoup à celui de Sam, le héros du spot de sensibilisation. Très sportif, Dries pratique le torball.

Dries : Je joue au torball, handisport de ballon pratiqué par des joueurs aveugles et malvoyants. Je vais au musée et me déplace là où il y a des évènements culturels qui m’intéressent. J’utilise ma canne blanche et les fonctionnalités de mon GSM, sorte de vision de substitution, pour m’y rendre en toute autonomie et sécurité. Je suis aussi guide volontaire sur deux hauts lieux de la Seconde Guerre mondiale. Je fais aussi du stand up comedy, genre comique où je me produis seul en scène, sans accessoire, j’interagis directement avec le public. Je fais partie d’une troupe et je serai bientôt sur les planches.

la photo montre Dries, à genou, devant un goal de torball. Ses yeux son bandés comme l’impose le jeu. À coté de lui, un autre joueur, en mouvement.
Très sportif, Dries pratique le torball.

Que représente ce rôle d’ambassadeur ?

Mucyo : C’est une excellente occasion de sensibiliser au handicap visuel ! Hormis les yeux, je fonctionne comme tout le monde. C’est important de travailler à l’inclusion. Aujourd’hui, grâce à la Ligue Braille, je me sens libre et autonome. J’aspire à trouver très vite un travail. Le reste viendra…

Dries : La sensibilisation est effectivement capitale. En novembre dernier, à l’invitation de la Ligue Braille, j’ai eu l’opportunité d’animer un colloque sur l’emploi des travailleurs en situation de handicap visuel. C’était une très belle initiative et j’espère qu’elle aura un impact positif. J’encourage aussi les jeunes à parler de leur handicap pour le rendre plus compréhensible par l’entourage plutôt que de s’obstiner à nier leurs limites.

Le handicap est certes difficile à accepter, surtout s’il surgit en cours de vie, mais mieux vaut profiter de la vie, autrement, en se focalisant sur son potentiel.

Cela peut vous intéresser aussi…

Retour en haut de page