Blind Sherlock, la série évènement
Ce 23 janvier, les abonnés Netflix ont découvert Blind Sherlock, une série dont le héros principal est un policier aveugle. Une fiction basée sur une histoire bien vraie et bien belge ! La Ligue Braille a travaillé en coulisses, de la recherche d’acteurs à la sensibilisation de l’équipe.
Blind Sherlock est une fiction belgo-néerlandaise de 6 épisodes, dont le héros aveugle, Roman Mertens, décroche un emploi dans l’unité d’écoute téléphonique de la police de Rotterdam. Le scénariste, Kristof Hoefkens, confirme qu’il s’est inspiré d’une histoire vraie : « Il y a cinq ou six ans, j’ai lu un article sur Sacha Van Loo, qui est aveugle. Grâce à son ouïe exceptionnelle, il a travaillé pendant douze ans pour la police fédérale au service des écoutes téléphoniques. Il était capable de reconnaître un type de voiture à son seul bruit. Je l’ai rencontré et c’est là qu’est née l’idée d’écrire la série.
Au fil de nos conversations, il m’est apparu que son rôle ne devait pas être joué par un acteur voyant. La cécité influence chaque détail du quotidien. Je l’ai constaté, par exemple, en voyant Sacha tâter son assiette dans un restaurant pour savoir où se trouvaient les aliments. Cela devait apparaître dans la série. Je voulais représenter de manière crédible tout l’univers d’une personne aveugle ou malvoyante, car c’est indissociable du personnage principal.
Dans les séries ou les films, les personnes en situation de handicap visuel sont souvent présentées soit comme des superhéros qui ne souffrent pas de leur handicap, soit comme des victimes. Nous voulions nous situer entre les deux : montrer un être humain, en chair et en os, qui ne se laisse pas freiner par son handicap, construit sa vie, mais vit malgré tout avec une limitation qui influence chaque aspect de son quotidien. Nous avons alors très vite compris qu’il allait nous falloir trouver un acteur aveugle. C’est ainsi que notre casting a commencé. »
Comment avez-vous mené cette recherche ?
Nous avons utilisé tous les canaux possibles, et cela a duré environ un an. Nous avons fait la connaissance de Bart, qui est l’un de vos bénéficiaires. Comme il n’avait aucune expérience de jeu, Maarten Goffin, mon co-scénariste, a travaillé intensivement avec lui pour lui apprendre le métier.
Comment l’équipe a-t-elle vécu la présence de plusieurs personnes en situation de handicap visuel sur le plateau ?
Avant le tournage, la Ligue Braille est venue faire une séance de sensibilisation pour que l’équipe puisse mieux comprendre ce que signifie vivre en étant aveugle ou malvoyant. Nous avons porté des casques de réalité augmentée, simulant le handicap visuel, pour en faire l’expérience nous-mêmes, et nous avons suivi, à la Ligue Braille, une séance d’accompagnement parental destinée aux parents aveugles ou malvoyants. Au début, on sentait une certaine gêne : les gens ne savaient pas trop comment se comporter ou avaient peur d’utiliser le mot « voir ». Mais à la fin du tournage, tout était devenu complètement naturel. Tout le monde savait, par exemple, qu’il ne fallait pas parler tous en même temps à Bart, car il doit pouvoir identifier les voix. On s’adressait à lui directement pour les indications, on lui proposait de l’aide, on lui expliquait ce qui allait se passer, où se trouvait la table de catering et ce qu’il y avait dessus, etc. Tout se faisait de manière fluide, sans aucune condescendance. C’était très beau et très précieux à vivre.
Un de nos chiens-guides, Sam, joue aussi dans la série. Comment cela s’est-il passé ?
On dit toujours : si vous voulez tourner facilement, évitez les enfants et les animaux. Nous avons ignoré ce conseil. Nous voulions absolument un vrai chien-guide, car ces chiens ont une formation spécifique et se déplacent différemment. Nous sommes très satisfaits du résultat. Sacha a récemment vu le premier épisode et a trouvé que nous avions très bien représenté la réalité de la cécité. C’était notre objectif ! Recevoir ce retour positif de sa part a été très précieux.
Que retenez-vous de cette expérience peu ordinaire ?
On ne s’en rend pas compte à l’avance, mais cela demande énormément d’adaptations. Une lecture de table classique, comme dans d’autres séries, était impossible : les acteurs arrivent sans préparation, reçoivent le scénario sur papier et lisent ensemble. Ici, ce n’était pas envisageable : on ne peut pas demander à un acteur aveugle de lire cinquante pages sans préparation. Sinon, il doit tout mémoriser à l’avance en version audio, ce qui prend énormément de temps. Bart apprend tout par cœur, donc les modifications de dernière minute étaient compliquées.
Les changements de décor étaient aussi difficiles : une porte déplacée signifiait pour lui tout réapprendre. Le jeu d’acteur repose sur l’action et la réaction, mais Bart ne voit pas les expressions de ses partenaires. Ses réactions naturelles étaient donc très précieuses pour renforcer la crédibilité du personnage. Cette dynamique était passionnante, mais elle exigeait de repenser entièrement nos méthodes : direction d’acteurs, éclairage, son, câbles, catering, postproduction…
Dans la société, c’est toujours la personne en situation de handicap qui doit s’adapter aux autres et à son environnement. Ici, dans notre petit monde du plateau, c’est tout le monde qui s’est adapté au handicap visuel. Une expérience extrêmement enrichissante.
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Depuis 2022, la Ligue Braille a lancé sa série de podcasts. Entrez dans l’univers passionnant de notre association avec ces épisodes sonores.
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Canne Blanche
Canne Blanche est une revue trimestrielle envoyée gratuitement à toutes les personnes aveugles et malvoyantes inscrites à la Ligue Braille. Elle existe en version imprimée, en grands caractères et en version sonore au format DAISY ou mp3.