Pierre Lahaye

Dans une petite salle baignée de lumière, le soleil semble s'être accroché aux lèvres des participants. Il est 13h30, le « cours d'alphabétisation » de la Ligue Braille débute. Celui-ci réunit des personnes ayant une déficience visuelle et souhaitant maîtriser la langue française. Sur le visage de Pierre Lahaye s'affiche le plaisir de retrouver ses « élèves ». Régulièrement, des accents venus de loin se mélangent autour d'un objectif commun : apprivoiser la langue française.

Pierre, 55 ans, est chercheur d'emploi et accompagnateur pédagogique bénévole à la Ligue Braille depuis 1 an et demi. Éducateur de formation, il maintient sa vocation première : soutenir les personnes en difficulté sur le chemin de l'autonomie. 

Pierre Lahaye

Le cours d'alphabétisation dont il s'occupe s'adresse aux personnes d'origine étrangère malvoyantes ou aveugles. « J'avais déjà une expérience dans le domaine de la formation en français mais je ne connaissais pas bien le monde du handicap. Avant de débuter ce cours d'alphabétisation, j'ai suivi une séance de sensibilisation pour mieux comprendre le handicap visuel. J'ai également appris le braille pour enseigner le français aux personnes aveugles. Parallèlement je poursuis une formation de base en alphabétisation », confie-t-il.

Fruit de la patience et de l'effort, chaque progrès linguistique a la saveur de la fierté. Pour Pierre, quand un apprenant parvient à retrouver un mot dans le dictionnaire ou à remplir un bulletin d'inscription seul, c'est à chaque fois une victoire empreinte d'émotion.

« Ne pas maitriser le français est un frein en soi, sinon un handicap. Apprendre à lire et à écrire est une valorisation et une nécessité dans une société où la communication passe majoritairement par l'écrit », explique-t-il. 

Comment se présente le cours ? « Articles de journaux, courrier personnel, écoutes de dialogues, exercices de grammaire, expression orale,... l'objectif est d’acquérir les compétences linguistiques pour aller plus loin : utiliser un ordinateur, accéder aux formations qualifiantes de la Ligue Braille, trouver un emploi,...»

Pierre et ses élèves partagent plus qu'une passion pour la langue française. Rencontrer d'autres personnes ayant un handicap visuel permet de rompre une certaine spirale de l'isolement dans laquelle certains s'étaient enfermés. La complexe grammaire française a le mérite de susciter la solidarité, cela fait germer des amitiés « Il nous arrive d'aller prendre un verre ensemble en dehors du cours ». En terme d'épanouissement, le volontariat est-il une activité rentable ? « D'un point de vue personnel, ce moment d'échange me permet de vivre de nouvelles expériences, de m'ouvrir à d'autres perspectives. Je vois aussi cela comme un possible tremplin vers un emploi. »

Pierre a un souhait ambitieux pour ses élèves : « Que chacun d'eux puisse s'épanouir, réaliser ses rêves. Que la maîtrise de la langue française puisse leur permettre de s'insérer... d'accéder à la Belgique. »